"Il est grand temps de réaliser que sur les réseaux prétendument sociaux, les extrême-droites sont chez elles. Le problème n’est pas que les « forces progressistes » (syndicats, associations, partis politiques, médias alternatifs...) n’ont pas assez investi Internet et les plateformes ; bien au contraire, elles l’ont fait en premier, pensant que le réseau universel permettrait le triomphe de leurs idées. Mais une fois la majorité des populations connectées, d’autres acteurs s’y sont imposés et ont habilement profité des règles de fonctionnement algorithmique des plateformes, règles favorisant la simplification des questions, la brutalité des propos et le fonctionnement en meute. C’est ce qu’ont compris notamment les services de renseignement et d’influence russes, les entrepreneurs terroristes de l’État islamique, les nationalistes hindous, puis un nombre croissant d’idéologues d’extrême-droite, européens comme américains."
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“Comme il y a un siècle, le succès de mouvements qui assument un autoritarisme et une brutalité décomplexés ne peut pas être dissocié d’une évolution sociale générale, des effets du capitalisme industriel sur la situation économique des populations mais aussi sur les esprits et sur la texture du monde vécu. Ainsi, tout ce que Hannah Arendt avait décrit dans Les Origines du totalitarisme comme propice au développement de comportements totalitaires – l’isolement au travail et dans la vie quotidienne, la perte du monde commun dans une société de masse, le brouillage des faits dans l’affrontement des propagandes –, tout cela, on le retrouve en pire dans la société sans contact, où une grande partie des gens travaillent en ligne, s’informent en ligne, consomment et paient en ligne, utilisent les services de l’État en ligne, etc. L’addiction collective à Internet, aux réseaux sociaux et aux jeux vidéo, est à la fois un produit et un facteur aggravant de l’isolement profond de millions de personnes, qu’elles soient pauvres ou non; de la désertification des centre-villes; de la disparition des guichets de services publics, aussi bien que des bars et des épiceries.”
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“On nous dit : «votre critique du numérique est (globalement, partiellement ou entièrement) juste, mais il faut tenir compte de la situation politique grave. Nous ne pouvons pas déserter un terrain, celui des réseaux sociaux et d’Internet, où l’extrême-droite est à l’offensive, où elle tend à devenir hégémonique. Il faut être présent et contre-attaquer.»
Non : les extrême-droites ne reculeront pas sans que le monde change, sans que les sociétés (re)prennent une autre texture; les discours de haine, d’intolérance, d’appels à la violence et aux guerres civiles ne seront pas refoulés sans que crève la bulle numérique qui enferme de plus en plus d’humains. Prétendre combattre ces phénomènes identitaires sur le terrain des formats courts, des clashes en ligne et des vidéos à adrénaline, est une illusion, et peut même aggraver la situation d’éclatement de la société que nous connaissons.”
Extraits de la brochure Technofascisme, Une proposition de quitter au plus vite tous les réseaux sociaux publiée au éditions La Lenteur
Dans ce nouvel épisode du podcast Ozé, nous recevons Matthieu Amiech, sociologue et membre des éditions La Lenteur pour aborder une critique radicale des technologies numériques. En effet, les éditions La lenteur publient depuis 20 ans des textes visant à décrypter les impacts et les conséquences du système technicien, et en particulier du numérique, dans le but d'éveiller les consciences et de participer au débat sur comment reprendre nos vies en main dans un monde ultra-numérisé.
Bonne écoute !
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